Claire, Nelly, Aurélie Duluc (Paris, 19 mars 1871 – Essonnes, 24 mars 1944). Dessinatrice. Epouse d’Eugène Demolder.
Claire Rops grandit dans un environnement artistique étroitement lié à la figure de son père, Félicien Rops. Élevée aux côtés de sa mère et de sa tante, les sœurs Léontine et Aurélie Duluc, modistes, elle rejoint en 1874 le foyer constitué par Félicien Rops, installé à Paris après sa séparation avec sa première épouse. Rops assure personnellement l’éducation de sa fille et lui dispense un enseignement artistique approfondi dont témoignent ses nombreuses lettres. Entre 1882 et 1886, Claire Rops est placée en pension à Douvres, en Angleterre. À son retour à Paris, elle participe à l’activité de l’atelier de couture de sa mère tout en développant une pratique du dessin, notamment de caricature. Son père organise en 1890 un voyage d’étude destiné à compléter sa formation, incluant la visite de musées et de lieux artistiques. Cette formation se poursuit dans l’atelier paternel, notamment à la propriété de la Demi-Lune à Corbeil-Essonnes acquise en 1884, où elle travaille conjointement avec lui. Elle y pratique le dessin, la peinture et la gravure, tout en s’exerçant à l’étude de la figure d’après modèle vivant entre 1894 et 1895. Les œuvres conservées sont surtout des croquis réalisés au crayon et à l’aquarelle. Il s’agit souvent de portraits de son entourage. Le 21 décembre 1895, elle épouse l’écrivain et magistrat Eugène Demolder. Cette union marque le début de son activité d’illustratrice dans le cadre des publications de son époux. Dès 1896, elle collabore avec Félicien Rops à l’illustration du Royaume authentique du Grand Saint-Nicolas et de La Légende d’Yperdamme. Dans ces ouvrages, elle réalise des dessins hors texte directement liés au récit tandis que les contributions de son père se présentent majoritairement sous forme de vignettes plus autonomes. En 1897, dans Quatuor, elle abandonne le recours au hors-texte au profit d’ornementations graphiques, ce qui marque un déplacement vers une pratique décorative. À partir de 1897, avec Sous la robe, elle assure seule l’illustration des ouvrages de Demolder dans un contexte marqué par le déclin puis le décès de son père en 1898. Elle développe alors un registre plus nettement orienté vers la caricature et l’observation critique. Cette orientation se prolonge dans La Mort aux berceaux (1899). En 1901, elle illustre encore L’Agonie d’Albion puis le volume intitulé Trois Contemporains. Henri de Brakeleer, Constantin Meunier, Félicien Rops pour lequel elle réalise des bandeaux en tête de chapitre renvoyant à l’univers des artistes évoqués. L’ensemble de cette production, concentrée entre 1896 et 1901, se distingue par une stratégie d’anonymat. Claire Rops recourt au pseudonyme masculin « Étienne Morannes », puis à celui de « Monsieur Haringus », ou laisse ses contributions non signées. Cette pratique, appliquée à l’ensemble des sept ouvrages illustrés pour Eugène Demolder, invisibilise son identité dans le champ de l’édition. Totalement absente du circuit des salons, son activité artistique professionnelle demeure ainsi circonscrite au domaine du livre illustré. Après 1901, sa production cesse parallèlement au ralentissement de l’activité littéraire de son époux.
Rédigé par Denis Laoureux, 2026