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A

Artan de Saint-Martin, Louis (La Haye 1837 – Oostduinkerke 1890)
Peintre de paysages, Artan se consacre principalement aux représentations de la mer du Nord. Artan est un ami intime de Rops dès le début des années 1860. Ayant vécu à Spa avant de s’installer à Bruxelles en 1863, il est proche de Léon Dommartin qu’il met en contact avec Rops vers 1865. En 1868, il participe avec d’autres artistes du milieu bruxellois (Louis Dubois, Alfred Verwée, Constantin Meunier, etc.) à la création de la Société libre des Beaux-Arts(1868-1876), un groupe d’artistes en faveur du réalisme et d’une peinture de paysage libérée des conventions académiques. En 1869, il est membre du comité administratif de la Société internationale des Aquafortistes (1869-1877) fondée par Rops. Sa pratique de la gravure se limite néanmoins à sa collaboration à l’illustration de La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flandres et ailleurs de Charles De Coster en 1867. Vers 1875, Artan, désireux d’établir sa renommée à Paris, rejoint temporairement Rops dans son atelier, rue du Bac. Il revient en Belgique dans le courant de l’année 1876. Comme Rops, il participe aux expositions de La Chrysalide (1876) et du groupe des XX (1884, 1887).

Actualisé par É. Berger, 2020

B

Billet Marie Henriette Valentine, Madame Léon Clapisson (1853-1930)
Épouse en 1865 Léon Clapisson (1837-1894), homme d’affaire richissime et collectionneur parisien dès 1879 en possession d’œuvres des écoles de Barbizon, réaliste et impressionniste. Par l’intermédiaire de son mari, Valentine Billet fréquente les artistes français d’avant-garde dont Auguste Renoir (1841-1919) qui devient un proche du couple et la peint en 1882 dans le jardin de leur villa à Neuilly-sur-Seine (Dans les roses) et en 1883 (un portrait conservé à l’Art Institute of Chicago). Rops rencontre Valentine Billet vers 1879 lorsqu’il fait la connaissance de son mari qui collectionne ses dessins et gravures. Le couple a une activité mondaine importante, organisant dîners et soirées auxquels Rops se rend, se permettant quelques familiarités puisqu’il demande l’autorisation à Madame Clapisson de venir en veston au repas du soir, revenant de la campagne en passant par Neuilly (éd. 0303). Rops grave « deux portraits de chats pour Mme Clapisson (2 chats pour une femme seule !) », où les lettres VC sont entrelacées  (éd. 1977, E0586 ; E0587 ; E0588). En 1882, Valentine Billet accompagne son époux et le Docteur Albert Filleau (1840-1894) à Bruxelles, pour une visite de la ville organisée par Rops, en compagnie de Léon Dommartin (éd. 2723). En 1894, après la mort de son mari, Valentine Billet revend la villa de Neuilly ainsi que ce qu’il reste de la collection de son mari qui avait commencé à s’en défaire dès 1885. En 1908, elle se sépare de son portrait fait par Renoir au marchand Paul Durand-Ruel (1831-1922). Elle meurt le 30 août 1930. 

Actualisé par V. Carpiaux, juillet 2021

Bonvoisin Maurice, dit Mars (Verviers 1849 – Monte-Carlo 1912)
Fils aîné d’un industriel du textile verviétois, Maurice Bonvoisin mène de front jusqu’à l’âge de 32 ans une carrière d’homme d’affaires et de dessinateur humoristique. Il publie ses premières caricatures, sous le pseudonyme de Mars, en 1872 dans Le Monde comique et collabore ensuite au Journal amusant et au Charivari. Il rencontre Rops vers 1874. Sous l’impulsion de ce dernier, il s’initie à la gravure dans les années 1875-1876 et publie plusieurs eaux-fortes dans les albums de la Société internationale des Aquafortistes (1869-1877). En 1881, il déménage à Paris sur les conseils de Rops et s’y forge une réputation internationale dans le domaine de la presse illustrée. Bonvoisin a été l’un des collectionneurs et marchands les plus importants de Rops, assurant la vente de dessins majeurs tels que Pornocratès, La Saisie ou Le Scandale. Selon Péladan, sa collection comprenait en 1896 « 2000 planches environ » soit « la moitié de l’œuvre » de l’artiste. Sa collection vendue publiquement en 1913 comporte près de 174 œuvres et livres de l’artiste. Rops adresse au moins 183 lettres à Bonvoisin entre 1874 et 1884. La correspondance échangée entre les deux hommes livre de nombreuses informations sur la technique du dessin et les pratiques commerciales de Rops.

Actualisé par É. Berger, 2020

Bracquemond, Félix (né Auguste-Joseph, Paris, 1833 – Sèvres, 1914)
Artiste français, grand défenseur de l’estampe originale au 19ème siècle et amateur d’art japonais, il grave ses planches les plus célèbres dès les années 1850. Avec Alfred Cadart (1828-1875), il est l’un des fondateurs, en 1862, de la Société des Aquafortistes à Paris que Rops rejoint : « au bout de six mois j’étais nommé membre du Comité de la Société & à la fin de l’année je remplaçais comme membre du jury de la Société, le peintre-graveur Daubigny. Cela n’était pas si mal pour un petit Belge, venu de Bruxelles, ne sachant pas égratigner un cuivre […] » (éd. 2299). Bracquemond enseigne l’eau-forte à des graveurs débutants dont Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875), Gustave Courbet (1819-1877) et Félicien Rops : « Devers 1862, je vins à Paris pour apprendre ‘Mon art’ avec l’homme ou plutôt avec les deux hommes qui ont le mieux compris l’eau-forte au 19e Siècle : Bracquemond & Jacquemart. » (éd. 2299). Bracquemond et Rops sont nés la même année et évoluent dans le même réseau artistique, faisant valoir tous deux leurs compétences techniques et créatives : les frères Jules (1830-1870) et Edmond (1822-1896) de Goncourt, Philippe Burty (1830-1890), Nadar (1820-1910) et bien d’autres. En 1864, l’éditeur Auguste Poulet-Malassis (1825-1878) et le poète Charles Baudelaire (1821-1867) confient à l’artiste français la réalisation du frontispice du recueil de poèmes Les Épaves mais son projet d’illustration ne convainc pas les deux hommes qui se tournent alors vers Rops. Le dessin de l’artiste belge, représentant un squelette prenant racine dans une végétation où croissent les péchés capitaux, remporte l’adhésion et l’ouvrage sort en 1866, lançant la carrière de Rops dans l’illustration d’ouvrages. Bracquemond participe à la première exposition des impressionnistes en 1874 en présentant notamment Portrait de M. Edwards qu’il publiera un an plus tard, en novembre 1875, dans l’Album de la Société Internationale des Aquafortistes (1869-1877) fondée par Rops. En 1889, Bracquemond est à la tête de la Société des peintres-graveurs : «  c’est un homme qui connait ses acides, comme pas un, & qui est adroit comme un singe ! » (éd. 1726). 

Actualisé par V. Carpiaux, juillet 2021

C

Cadart Alfred (Saint-Omer 1828 – Paris, 1875)
Graveur, éditeur et marchand parisien, Cadart a joué un rôle essentiel dans le renouveau de l’eau-forte au 19ème siècle. La Société des Aquafortistes, fondée à Paris avec l’imprimeur Delâtre et le graveur Bracquemond en 1862, a son siège chez Cadart qui en édite les fascicules mensuels et albums. De 1863 à 1866, il publie environ 240 planches. Le siège de la Société est aussi un lieu de vente et d’exposition pour l’estampe moderne auprès d’un public mondain. En 1863, placé par l’écrivain Alfred Delvau, Rops y expose une lithographie et plusieurs dessins dont Un enterrement au pays wallon et Un Monsieur et une Dame. Rops semble se rapprocher davantage de Cadart en 1865, date à laquelle il devient membre de la Société des Aquafortistes. À la fin de 1867, des dissensions avec Delâtre, entraînent la dissolution de la Société. Cadart fonde alors L’Illustration nouvelle (1868-1881), une publication que soutiennent Desboutins, Bulhot et Rops, puis, en 1874, L’eau-forte en 18…, des albums annuels consacrés à l’eau-forte. En 1869, Rops, s’inspirant de la Société initiée par Cadart, fonde la Société internationale des Aquafortistes (1869-1877) à Bruxelles. Cadart y participe en soutenant ses publications et en jouant un rôle d’intermédiaire entre les membres belges et français. En 1869, peut-être à la demande de Rops, Cadart réalise un retirage des gravures illustrant La Légende d’Uylenspiegel de Charles De Coster. Cadart confie à Rops l’illustration de l’ouvrage d’Alexandre Piedagnel J.F Millet Souvenirs de Barbizon édité en 1876. À la mort de Cadart en 1875, les Aquafortistes belges lui rendent hommage et la veuve Cadart fait paraître une publicité pour les publications de la Société internationale des Aquafortistes dans son catalogue commercial de 1876. Cette dernière, avec l’aide de son fils Léon Cadart, reprend l’entreprise de son mari jusqu’à sa faillite en 1882. Durant cette période, Rops continue à passer par son intermédiaire pour la reproduction et la vente d’œuvres (éd. : 0237, 0471, 0475, 0553). Malgré l’interaction évidente entre Rops et Cadart, peu de lettres échangées entre les deux hommes ont été recensées à ce jour.

Actualisé par É. Berger, 2020

Christophe, Ernest (Loches 1834 – Paris 1892)
Sculpteur français, ami de Charles Baudelaire et d’Auguste Poulet-Malassis. Le poème Danse macabre (1859) de Baudelaire est inspiré d’une esquisse offerte par le sculpteur au poète. Rops le fréquente vers 1874 lorsqu’il s’installe à Paris (éd. 1445).

Actualisé par É. Berger, 2020

Caillebotte, Gustave (Paris, 19 août 1848 – Gennevilliers, 21 février 1894) : peintre, collectionneur, mécène des impressionnistes, Caillebotte expose en 1876, 1877, 1879, 1880 et 1882 avec le groupe des impressionnistes. Après avoir commencé des études de droit, il entre dans l’atelier du peintre académique Léon Bonnat. En 1873, il réussit l’examen d’entrée de l’Ecole des Beaux-arts de Paris. Issu d’une famille d’industriels, il hérite à la mort de son père, en 1874 d’une fortune suffisamment conséquente pour pouvoir se consacrer à sa passion : la peinture. Son tableau actuellement le plus célèbre s’intitule Les Raboteurs de parquet (https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/raboteurs-de-parquet-105) et est refusé au Salon officiel de 1875 à Paris. C’est sans doute cette déception qui pousse Caillebotte à s’entourer d’autres artistes de l’avant-garde dont il devient un ami proche : Claude Monet (1840-1926) dont il paie parfois le loyer de ses ateliers, Auguste Renoir (1841-1919), à qui il achète le Bal du Moulin de la Galette en 1876 ou encore Giuseppe De Nittis (1846-1884) chez qui il va peindre sur le motif à Naples (1872, 1876). Entre 1860 et 1879, Gustave et son frère possède une belle demeure dans l’Essonne, près de Paris, où il peint en plein air, comme beaucoup d’autres impressionnistes. Aujourd’hui, cette maison d’artiste est transformée en centre d’art (http://www.proprietecaillebotte.fr/la-propriete/gustave-caillebotte-447.html). Plus tard, il achète une propriété à Gennevilliers tout en gardant un appartement à Paris. Caillebotte est passionné par le jardinage et le canotage, au même titre que Félicien Rops qui s’intéresse à la botanique et fonde en 1862 le Royal Club nautique de Sambre et Meuse dans sa ville natale, Namur.  

Il est cité dans au moins deux lettres de Rops. En 1876, lors de l’ouverture de l’Exposition des Intransigeants, Rops écrit à son ami Léon Dommartin (éd. 2666) : « C’est la nouvelle voie de la nouvelle peinture. Il y a là un nommé Caillebotte, Carlebotte ou Courtebotte, je ne sais plus comment, qui va forcer l’avenir à lui tresser des couronnes, (comme je disais en 1853 en parlant de Mlle Adèle Dullé) – malgré son nom ridicule & impossible à retenir. Il a peint un tableau qui a pour avant plan une assiette pour second plan son frère qui déjeune & pour arrière plan sa grand mère, qui est une vraie chose des plus belles & des plus neuves. Slingeneyer en serait réduit en insecticide s’il voyait cela ! ». Rops fait référence à la toile Le Déjeuner réalisée en 1876, conservée dans une collection particulière (photo voir : https://www.wikiart.org/fr/gustave-caillebotte/luncheon-1876).  

Dans une lettre non datée (éd. 0881) adressée à son ami Armand Dandoy, Rops évoque Caillebotte en des termes élogieux et le compare à Edgar Degas (1834-1917) et Monet. Il y parle d’un nouveau courant pictural qu’il qualifie de « bizarre » et plein de « choses grotesques » mais reconnait que « il y a là trois bonshommes Caillebotte & Degas & Monet – (pas Manet) qui sont d’une jolie force & très artistes ».

Actualisé par V. Carpiaux et G. Di Stazio, septembre 2021

Clapisson, Léon Marie (1837-1894)
Fils du compositeur Antoine Louis Clapisson (1808-1866) auteur de divers opéras-comiques, Léon Clapisson est un homme d’affaires intéressé par les actions et l’immobilier. Il est en possession d’une fortune colossale dès 1865. A partir de 1879, Léon Clapisson commence à collectionner des œuvres d’art. A la fin de mai 1882, il acquiert ses premières œuvres de Renoir auprès du marchand d’art Paul Durand-Ruel (1831-1922). En 1882 et 1883, Renoir peint deux portraits de Madame Clapisson, dont un dans le jardin de leur villa à Neuilly-sur-Seine (nom de jeune fille : Marie Henriette Valentine Billet) et un portrait de Clapisson lui-même (1883). En une courte période Clapisson rassemble quelque 116 œuvres, dont des œuvres d’artistes des écoles de Barbizon et des écoles réalistes. Outre Renoir, les artistes impressionnistes de sa collection sont Claude Monet, Gustave Caillebotte, Mary Cassatt, Berthe Morisot, Camille Pissarro et Alfred Sisley. Dès 1879, Rops évoque des soupers en compagnie de Léon Clapisson (éd. 1386), dont des soirées déguisées qu’il fréquente avec le Docteur Albert Filleau (1840-1894), autre grand amateur d’art impressionniste. Rops réalise un menu pour Léon Clapisson qui commence à collectionner ses dessins dès 1879. En 1882, Rops organise pour les deux hommes et Mme Clapisson un voyage en Belgique, dont Bruxelles, Anvers et les Pays-bas (éd. 1386, 2302). Rops réalise pour l’épouse du collectionneur « deux portraits de chat » (n° éd. 1977, E0586 ; E0587 ; E0588). En 1883, Rops prétend que le « marchand de tableaux » veut l’engager comme dessinateur contre un salaire mensuel (éd. 1087). En 1885, cependant, Clapisson commence à vendre sa collection. Le 15 mars 1894, Rops écrit : « Mon pauvre ami Clapisson est mort cette nuit subitement, et cela me navre. Ils s’en vont tous, mes pauvres amis, et ils emportent avec eux des morceaux de ma vie » (éd. 1809).

Actualisé par V. Carpiaux, juillet 2021

Corot, Jean-Baptiste Camille (Paris 1796 – Ville d’Avray 1875)
Peintre et graveur français. Corot se spécialise d’abord dans des paysages néoclassiques étoffés de petits personnages. C’est avec ce type d’œuvres, exposées dans les Salons parisiens, qu’il obtient une médaille en 1834 et le titre de Chevalier de la Légion d’honneur en 1846. Vers 1850, alors que l’artiste connaît un succès commercial grandissant, il s’oriente vers la représentation de paysages oniriques caractérisés par des ambiances vaporeuses, des formes suggérées et une touche picturale perceptible qui « annonce » l’impressionnisme. En Belgique, ses œuvres sont tant appréciées que décriées. Elles sont exposées dans les Salons triennaux (1856, 1860, 1869, etc.) et font l’objet de nombreuses acquisitions auprès des collectionneurs. Comme d’autres peintres belges de sa génération, Rops associe l’artiste à sa propre expérience de la peinture de plein air et l’admire : « […] mes grands artistes sont Corot et Millet – puis Delacroix Rousseau & Courbet » affirme-t-il en 1880 (éd. 2920). Dans une lettre à Léon Dommartin, Rops dit n’avoir rencontré Corot qu’une seule fois (éd. 2680). En 1868, Corot est contacté par les artistes de la Société libre des Beaux-Arts (1868-1876) afin de devenir l’un de leurs membres d’honneur. Ce groupe d’artistes bruxellois en faveur du réalisme et d’une peinture de paysage libérée des conventions avait, entre autres, été initié par Rops. Pour ces artistes, Corot incarne, aux côtés de Rousseau et Millet, la « lutte » de la génération de 1830 pour affranchir l’art des règles académiques.

Actualisé par É. Berger, 2020

Courbet, Gustave (Ornans 1819 – La Tour-de-Peilz 1877)
Peintre, lithographe et dessinateur français. Toute sa vie, Courbet a prôné une peinture libérée des règles académiques et qui rend compte de la réalité sociale. Son œuvre Les Casseurs de pierre (1849), dépeignant la réalité quotidienne de deux ouvriers dans un format monumental jusque-là dévolu à la peinture d’histoire, suscite de nombreuses polémiques notamment dans le cadre du Salon bruxellois où elle est exposée en 1851. Rops, grand admirateur du peintre, en livre une caricature dans son album satirique Le Diable au Salon (1851). Les deux artistes semblent s’être rencontrés dans les années 1860, années où ils illustrent tous deux l’Histoire anecdotique des cafés & cabarets de Paris d’Alfred Delvau (1862) et se fréquentent au café le « Rat-Mort », Place Pigalle (éd. 3102). En 1868, Courbet accepte le titre de membre d’honneur de la Société libre des Beaux-Arts (1869-1876), un groupe d’artistes fondé entre autres par Rops et dont le but est de promouvoir, en Belgique, le réalisme et une peinture de paysage libérée des conventions. L’héritage de Courbet dans l’œuvre de Rops est bien perceptible. Un enterrement au pays wallon (1864) de Rops, basé sur son précepte esthétique de peindre « ce qu’il voit et ce qu’il sent », réfère tant par sa composition que son sujet à Un Enterrement à Ornans (1850) de Courbet. Les peintures de paysage de Rops montrent aussi un traitement matiériste de la couleur proche de celui du Maître d’Ornans.  

Actualisé par É. Berger, 2020

D

Degas, Edgar (né Hilaire Germain Edgar de Gas, Paris 1834 – Paris 1917)
Peintre, pastelliste, dessinateur, sculpteur et graveur français dont l’œuvre dessinée a fortement impressionné et influencé Félicien Rops, par ses thèmes et ses techniques. Degas subit l’influence du naturalisme, s’intéresse à la photographie et découvre les estampes japonaises. Degas fréquente le Café Guerbois à Paris vers 1868 et y rencontre Edouard Manet (1832-1883), Auguste Renoir (1841-1919) et Claude Monet (1840-1926). Dès l’installation de Rops dans la capitale française en 1874, l’un et l’autre se fréquentent, notamment au café La Rochefoucault : « Qui je vois ? – Tout un monde drôle. Je dîne & je déjeune souvent au Café Larochefoucault où je trouve Dupray, Degas Gervex, Jourdain Cormon, Duez, un tas de jeunes » (éd. 0066), aux dîners du « Pot-au-Feu » du Docteur Albert Filleau (1840-1894), ou tout simplement dans l’atelier de Rops. Degas et Rops se partagent un même réseau d’artistes et de collectionneurs, comme le Docteur Filleau ou Léon Clapisson (1837-1894). En 1874, Degas participe à la première exposition des impressionnistes mais sans partager l’enthousiasme du groupe pour la peinture de plein air et le paysage. Son sens aigu du modernisme l’oriente vers des scènes familières et le monde hippique. Il se passionne également pour le monde de la danse (Danseuse saluant, 1878, Danseuse à la barre, 1880) en mettant l’accent sur les effets de lumière artificielle. Souffrant de la vue, Degas emploie de préférence le pastel, y mêlant le crayon, la gouache, la peinture à l’essence. Dès 1876-1877, après que Rops ait visité les expositions impressionnistes à la galerie de Paul Durand-Ruel (1831-1922), l’artiste belge se met à vouloir rivaliser avec la technique du Parisien par des procédés de son invention : « L’huile, ou plutôt la térébenthine qui donne presque mat (car Manet, moi, & de Gas nous sommes fortement partisans des peintures mates, d’où nos recherches de pastel de gouache &c) me semble plus rapide & plus expressive, on saisit son modèle & l’impression est plus franche & plus vibrante. » (éd. 0308). Sur des thèmes qu’ils partagent, comme la prostitution, Degas va rencontrer un succès plus franc que Rops qui restera davantage confidentiel à cause de son statut d’illustrateur et de son refus de participer à des expositions. Dans ses lettres aux critiques d’art Camille Lemonnier (1844-1913) et Edmond Picard (1836-1924), Rops oppose la modernité en art dont il est un féroce défenseur à la peinture « non vivante » d’Alfred Stevens, peintre belge remportant pourtant un vif succès à Paris. Du point de vue technique et thématique, Degas est cité en exemple par Rops et Stevens en… contre-exemple : « Il y a plus de modernité dans un croquis de DeGas que dans tous les tableaux de Stevens. […] Cette opinion c’est celle de toute la jeune école française, des Gervex, des Bastien Lepage, des Carolus-Duran même, des DeGas, des Tissot &c &c. Ils ne savent pas ‘peindre’ peut-être comme Stevens mais comme ‘l’Intelligence’ brille dans ce qu’ils font ! » (éd. 2920). « […] La modernité Stevens est une bonne modernité : calmante, tonique, constitutionnelle, peu échauffante […]. Mais on pense qu’il y a bien d’autres modernités ! & bien plus élevées, bien plus intéressantes, bien plus humaines […] ; que les gens qui s’appellent Nittis, Bastien-Lepage, Tissot, Degas, Gerveix, Monet, Beraud, Forain […] ont bien aussi leur ‘modernité’ à eux » (éd. 2278). Rops mentionne une quinzaine de fois Degas dans sa correspondance, toujours en des termes élogieux et inspirants.

Actualisé par V. Carpiaux, juillet 2021

De Nittis, Giuseppe (1846, Barletta – 1884, Saint-Germain-en-Laye). Peintre et graveur italien ainsi que collectionneur d’art japonais. Il étudie la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Naples en 1860 où il commence à peindre dans un style réaliste. Giuseppe y reste jusqu’en 1863. Comme Rops, il ne supporte plus les préceptes académiques et participe, avec ses amis Marco de Gregorio (peintre italien, 1829-1876) et Federico Rossano (peintre italien, 1835-1914), à la naissance de l’École de Resina (1863-1867), un « cercle d’artistes radicaux qui, ne reconnaissant aucune autorité, méprisant tout ce qui pouvait leur procurer du bien-être à condition de faire des concessions à la mode, se délectèrent des satisfactions intimes que procurent aux vrais artistes, communiant autour des mêmes idées, l’observation attentive de la Nature » (Boschetto A., Scritti d’arte di Diego Martelli, Sansoni editore, Florence, 1952). En 1867, il s’établit à Paris et côtoie des artistes du mouvement impressionniste, comme Edgar Degas (1834-1917), Edouard Manet (1832-1883), Gustave Caillebotte (1848-1894). Comme Félicien Rops, Giuseppe De Nittis est une relation du couple de sculpteurs et collectionneurs Cyprien (1835-1909) et Matylda ( ? – 1887) Godebski, qui animent un salon à la rue de Prony à Paris. De Nittis épouse Léontine Lucile Gruvelle, une écrivaine parisienne quelques mois après leur rencontre chez les Morin en 1868 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k82885h/f22.image). Giuseppe De Nittis compte parmi ses amis proches Edouard Manet (1832-1883), le peintre Ernest Meissonier (1815-1891), le marchand d’art Ernest Goupil (1806-1893), le critique d’art italien Diego Martelli (1838-1896) ou encore Edmond de Goncourt (1822-1896) (voir Giuseppe De Nittis. La modernité élégante, Catalogue de l’exposition, 21 octobre 2010 – 16 janvier 2011, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Paris musées, 2010). Dans les années 1860, comme Félicien Rops, De Nittis va pratiquer l’eau-forte et la pointe sèche dans les ateliers de l’éditeur Alfred Cadart (1828-1875). Il expose ses toiles dans divers lieux prestigieux comme en 1874 au Salon à Paris, au Salon de la Société des amis des arts de Bordeaux ou encore lors de la première Exposition impressionniste chez le photographe Nadar (1820-1910). En 1878, il connait une grande reconnaissance en présentant onze toiles à l’Exposition universelle de Paris. Il meurt brutalement d’une embolie à l’âge de 38 ans à Saint-Germain-en-Laye et est enterré au cimetière du Père Lachaise. Dans son testament rédigé le 3 novembre 1912 (elle meurt le 13 août 1913), Léontine Gruvelle lègue à la ville de Barletta (Pouilles, Italie) les œuvres conservées dans l’atelier de son mari sis rue Viète dans le 17e arrondissement de Paris : http://www.barlettamusei.it/cron_donazione.html.

Félicien Rops tient manifestement l’art de De Nittis en haute estime. Il le cite dans une dizaine de lettres, posant le problème de la lumière dans la peinture en plein air en se référant aux impressionnistes : « Chaque fois que Nittis finit un effet de soleil il se met dedans. Chaque- fois qu’il pince l’impression, « le brésillement » de lumière » le pétillement, l’étincellement de ces mille valeurs qui scintillent partout dans la diffusion de l’effet il y est ! C’est pour cela que les impressionnistes rendent si bien ces effets là & si mal les effets où l’air ambiant étant plus calme, plus reposé, sans soleil, l’œil peut voir à la fois l’ensemble & le détail. » (éd. 1435). Dans les autres lettres, il souligne surtout la modernité qu’il trouve chez ce peintre : « Nittis est de vingt ans en avant et fait vivant, vibrant et neuf. » (éd. 3003). Mais toujours avec son franc parler, Rops est critique quant à la personnalité de l’artiste : « […] et Nittis très artiste aussi, mais napolitain, faiblot, peureux, laissant faire sa femme et ayant toutes les roueries italiennes et aussi toute la folie des vanités mondaines, bonnes pour les agents de change & les boursiers Juifs. » (éd. 1615). Lors d’un dîner chez les De Nittis en 1882, Rops relate qu’il s’est emporté : « Hier, j’ai été chez Nittis, derechef, & j’y ai mis franchement le pied dans, & sur tous les plats. On ne m’invitera plus, & j’en suis fort aise. J’ai commis dans ce salon, o[ù] les artistes & les gens de plume sont aux genoux des banquiers, le plus grand des crimes : le crime de lèse-million, en disant simplement qu’il n’y avait que les gens qui dès l’enfance se mouchaient dans leurs doigts pour tirer vanité d’un mouchoir de poche, que les artistes & les littérateurs gens qui avaient le bonheur d’être d’une classe moralement plus élevée que les autres, n’avaient pas à tirer vanité d’un fauteuil, & qu’ils devaient laisser ces petits plaisirs aux infortunés milliardaires qui n’avaient que cela, pour se réjouir en revenant de la Bourse. Bref que toutes ces ostentations, & ces ébahissements dans le luxe frais émoulu, ne prouvaient jamais qu’une piètre naissance & une éducation de hasard. – Tu vois d’ici les têtes !!! – En sortant, Banville me dit : Vous avez bien parlé à ces gens-là, mais malheureux, vous avez manqué « la vente » de vingt dessins !! – puis vous saviez donc que Mme de Nittis a été blanchisseuse ! – Je n’aurais jamais trop d’ennemis, ai-je dit au bon père Banville. » (éd. 3477). Cet esclandre démontre les convictions morales de Félicien Rops face à une classe sociale aisée qui, comme le souligne l’écrivain Théodore Banville (1823-1891), possède en son sein une série de collectionneurs potentiels. Rops critique ici ses confrères artistes qui, parfois partis du bas de l’échelle sociale, se hissent et séduisent la bourgeoisie fortunée. En critiquant l’attitude de Guiseppe De Nittis et de son épouse Léontine Gruvelle lors des soirées mondaines qu’ils organisent, Rops se range parmi les artistes gardant leur liberté de création, n’ayant pas besoin du support de riches collectionneurs.

Actualisé par V. Carpiaux & G. Di Stazio, septembre 2021

Dürer Albrecht, dit Albrecht Dürer le Jeune (Nuremberg 1471 – 1528)
Dessinateur, graveur et peintre allemand également connu comme théoricien de la perspective linéaire. Dans sa correspondance, Rops le mentionne peu mais ses allusions à l’artiste montrent qu’il connait certaines de ses œuvres (dont Le Cheval de la mort) et s’intéresse à ses techniques de gravure (éd. 1732 et 0370).

Actualisé par É. Berger, 2020

F

Filleau, Albert (? 1840 – Saint-Ouen 1894). Médecin parisien réputé, auteur d’un ouvrage de médecine pratique Petite chirurgie (Paris, Alcan-Lévy éd., 1874), collectionneur de peinture impressionniste, époux de la cantatrice Jeanne Raunay (1862-1942). Rops mentionne le Docteur Filleau dans un carnet de notes (coll. Harry Dorchy) commencé en 1868 : « Ce sont les bons crus qui font les bonnes cuites. Filleau », donnant le ton de la relation amicale et épicurienne que les deux hommes vont entretenir. Dans un carnet daté de 1873, Rops indique l’adresse dans le Marais du Docteur Filleau qu’il considère comme l’un de ses premiers amis à Paris (éd. 0951). En plus d’être le médecin de Rops et sa famille, le Docteur Filleau anime également les dîners du « Pot-au-Feu » organisés les mardis soirs, réunissant des artistes comme Edgar Degas (1834-1917), Jean-Louis Forain (1852-1931), Albert Lebourg (1849-1928), Alphonse Portier (marchand de couleurs, 1841-1902) et Louis Braquaval (1854-1919). Le marchand d’art Ambroise Vollard (1866-1939) fera d’ailleurs ses premiers pas dans l’impressionnisme grâce à Rops qui l’introduit vers 1890 chez Filleau. Rops consacre au médecin-collectionneur plusieurs planches : Le Docteur Filleau [E.298], Le Docteur (1876-1879) [E.556], La Cuisine dosimétrique [E.555], Le Cochon nimbé, [E.547], les trois dernières étant des menus. En 1880, le Docteur Filleau est pressenti par Rops pour écrire un premier ouvrage sur lui : « Un de mes amis le docteur Filleau qui non content de m’avoir sauvé la vie veut aussi sauver ma réputation a réuni depuis bien des ans tous les renseignements qu’il pouvait avoir sur moi par mes amis d’enfance comme Dandoy & Karski et a même une foule de notes décousues rédigées par lui, par Ernest d’Hervilly, par Gouzien, par Poulet Malassis, Delvau &c &c» (éd. 2921). Ce projet n’aura pas lieu mais démontre l’intérêt et l’amitié qui lièrent « le docteur jovial » (éd. 0635) et l’artiste tout au long de leurs vies.  

Actualisé par V. Carpiaux, 2021

G

Gouzien, Armand (Brest 1839 – Guernesey 1892)
Compositeur, critique et inspecteur des Beaux-Arts. À partir de 1868, Rops lui adresse 127 missives. Il sera l’un de ses meilleurs amis et un important collectionneur et diffuseur de son œuvre. Après des études de médecine, Gouzien s’oriente vers le journalisme et la critique dramatique et musicale. Fondateur avec Villiers de l’Isle-Adam de la Revue des Lettres et des Arts, il collabore à de nombreux périodiques (L’Événement, Le Gaulois, Le Figaro,…). À partir de 1879, Gouzien est introduit au sein du Ministère des Beaux-Arts où il est nommé inspecteur des théâtres puis, en 1880, inspecteur des Beaux-Arts et commissaire du gouvernement auprès des théâtres nationaux. Lié avec de nombreux écrivains, artistes et notabilités de son temps (Victor Hugo, Armand Sylvestre,…), Gouzien fait connaître le travail de Rops dans son entourage et écoule, tel un marchand, nombre de ses œuvres. Entre 1868 et 1875, ils tentent de lancer ensemble un journal illustré qui doit s’intituler La Vie moderne mais qui, faute de soutiens financiers, ne verra jamais le jour. Rops l’accompagne lors de voyages officiels en Hongrie (1879) et en Espagne (1880) et découvre la Bretagne en sa compagnie. Il réalise en 1876 l’en-tête du Journal de Musique fondé par Gouzien. Il lui rend hommage au sein de plusieurs planches : La Muse en crinoline [E.559]], L’Amour-orchestre [E.560], L’Amour harpiste [E.561] et Fantaisie sur Gouzien [E.846]. Sa collection d’œuvres de Rops constituée d’au moins 367 eaux-fortes et de 22 dessins et peintures est vendue publiquement après sa mort en 1893.

Actualisé par É. Berger, 2020

L

Lemonnier Camille, Antoine, Louis (Ixelles, 24 mars 1844 – Ixelles, 13 juin 1913)

Fils de Louis-François et de Marie Panneels. Originaire de Louvain, son père était avocat à la Cour d’appel de Bruxelles. Sa mère, issue d’une famille de paysans et de commerçants à Saint-Job et dans la campagne uccloise. À la mort de leur mère, Camille et sa sœur furent élevés par leur grand-mère maternelle, Anne-Catherine Panneels. Désireux que son fils suive ses traces, Louis-François inscrivit Camille en 1861 à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université Libre de Bruxelles, en candidature préparatoire en droit. L’année suivante, il débuta sa carrière d’écrivain à l’Uylenspiegel par l’intermédiaire de Charles De Coster. Il publia d’ailleurs le 26 octobre 1862 le conte Brosse et Tampon, l’année même où Rops cesse de contribuer à l’Uylenspiegel, ayant d’autres souhaits professionnels notamment sa renommée à Paris (pour plus de détails, voir Van Nuffel R. O.-J., « Lemonnier », Nouvelle biographie nationale, vol. 2). 1869 coïncide avec « l’émancipation financière » de Camille car son père Louis-François meurt le 5 juin. Quelques années plus tard, la guerre franco-prussienne va retenir toute son attention. Le 3 septembre 1871, Lemonnier, accompagné de Verdyen, rejoint à Bouillon Félicien Rops et Léon Dommartin, point de départ vers la ville de Sedan. Ils y découvrent quatre jours durant l’horreur du champ de bataille que Lemonnier retranscrira dans un volume Sedan (1871), republié 10 ans plus tard sous le titre Les Charniers. En 1908, dans son ouvrage Félicien Rops. L’homme et l’artiste (Floury éd.), Lemonnier revient sur sa rencontre avec Rops sur le front : « Je ne l’avais plus revu depuis Bruxelles et il était là, devant moi, crispé, nerveux, souillé, ayant pataugé depuis le matin dans de l’urine, des viscères et de la terre pourrie, tout couvert de la puanteur du champ de bataille. Lui et l’ami Dommartin qui l’avait accompagné avaient marché comme de la troupe, les godillots gauchis, recrus de fatigue, portant leurs sacs d’artiste comme un fourniment militaire.» (op cit. p. 148). Il épouse ensuite Julie-Flore Brichot de Binche qui lui donnera deux filles : Marie (1872) et Louise (1876). En 1873, Lemonnier fonde à Bruxelles la revue L’Art Universel (1873-1875), dont le troisième numéro est agrémenté d’une gravure de Rops, Ma tante Joanna (éd. 2912). En 1876, il participe à L’Actualité à travers le monde et l’art (1876-1877), avant de devenir collaborateur à L’Artiste (1875-1880), revue fondée par Théo Hannon (1851-1916). Il s’intéresse activement à la vie artistique donnant, aux publications parisiennes Gazette des Beaux-Arts et Chronique des Arts et de la Curiosité, des monographies d’artistes belges ainsi que des articles de critique artistique. Il donnera à La Revue de Belgique une étude pénétrante sur Alfred Stevens, « le grand rival » de Rops. Les lettres échangées entre Rops et Lemonnier à ce propos sont parmi les plus passionnantes car l’artiste justifie auprès du critique d’art ses choix et son enthousiasme à être le chantre de la modernité. Dans une lettre adressée en 1881 à Camille Lemonnier (éd. 222), Félicien Rops dit : « Je te raconte tout cela, parce que c’est de l’actualité, & que l’on m’écrit de Bruxelles que « dans une réunion de peintres, on a dit que j’étais un ennemi des Stevens ! chose contre laquelle je proteste avec indignation, et ce qui me vexe, c’est que Alfred Verwée qui sait le contraire, n’a rien dit !! ! T. SVP !! J’ai toujours eu pour les deux Stevens une très vive admiration. Joseph est tout simplement l’un des promoteurs de la bonne peinture en Belgique c’est un maître peintre qui a eu la plus grande influence sur son frère. – Alfred est son élève, cela n’est pas niable. C’est aussi un admirable peintre. J’ai fait toujours mes réserves & je t’ai dit mon opinion quand on a voulu le bombarder : peintre de la modernité ce qui était d’une bêtise poussée. – Peu de peintres ont été moins de leur siècle qu’Alfred Stevens ! et peu d’artistes en ont moins compris la souple & étonnante diversité : physiologiquement, psychologiquement & physiquement ». Dans une autre lettre (éd. 2920) datant de 1880, Rops précise que : « J’aime aussi Fromentin & j’estime aussi Stevens quoique je le mette en dessous de tous ceux que je viens de nommer & de beaucoup ! – Je t’en parlerai longtemps parce que je sais que nous ne sommes pas du même avis. – La modernité de Stevens est une modernité à fleur de peau & de robe. L’homme est un flamand, bon peintre d’un dessin gauche presque toujours, ce qui ôte du coté elevé à son œuvre. Le mot modernité n’a été qu’une enseigne accrochée par Arthur, qui a toujours été la tête de la famille. Il y a plus de modernité dans un croquis de DeGas que dans tous les tableaux de Steven ». En 1881, avec la publication de son roman Un mâle pour lequel Rops propose de faire des illustrations (projet resté sans suite, éd. 222), Lemonnier provoque un vif scandale dans les milieux traditionalistes et catholiques pour ses propos jugés pornographiques. Le 27 mai 1883, en guise de protestation contre la non attribution du prix quinquennal de littérature à l’auteur d’Un mâle, les Jeunes Belgique ont organisé un banquet au cours duquel Rodenbach salua en Lemonnier « Le Maréchal des Lettres belges ». Dès 1883, Rops se plaint du manque de reconnaissance de Lemonnier à Paris car celui-ci a choisi de publier ses ouvrages à Bruxelles: « Les livres de Lemonnier se vendent avec un rabais de 40 % partout : Le mâle, le mort &c &c. Lemonnier est coulé ici à cause de cela. […] Si Lemonnier avait publié chez Quentin comme je le lui offrais il aurait une vraie position ici, & la position n’existe pas pour le moment, malgré son vrai talent & c’est dommage » (éd. 2051). Lemonnier épouse en secondes noces, en 1883, Valentine Collart, nièce de Constantin Meunier. De cette union naquit le petit Jacques qui meurt un an plus tard le 25 décembre 1886.  Dans l’ouvrage publié par Dentu en 1892, La Fin des bourgeois, Lemonnier donne une description précise de la Pornocrates de son ami Rops. Il est aussi l’auteur d’une monographie consacrée à Félicien Rops : Félicien Rops. L’homme et l’artiste, Paris, Henri Floury, 1908. Camille Lemonnier a eu une carrière riche durant laquelle il a publié plu de 70 ouvrages et monographies. Il est l’une des figures marquantes de la littérature belge du 19ème siècle et l’une des personnalités influentes de la scène artistique belge dont la carrière a été intimement mêlée à celle de Félicien Rops.

Actualisé par G. Di Stazio, septembre 2021

M

Monet Claude (Paris 1840 – Giverny 1926)
Artiste français, il commence sa carrière au Havre par des portraits-charges, principalement des caricatures à grosses têtes, puis des peintures de paysage vers 1858, suite à sa rencontre avec Eugène Boudin (1824-1898). Ce dernier lui conseille d’aller à Paris pour étudier et rencontrer d’autres artistes (1859-1860). A cette période, Rops commence lui aussi ses allers-retours entre Bruxelles et Paris, après avoir publié dans son journal Uylenspiegel, le journal des ébats artistiques et littéraires (1856-1863) des caricatures du même type. Monet se partage entre la Normandie et Paris où il suit des cours à l’Ecole impériale des Beaux-Arts de Paris en 1862, l’année où Rops fréquente les ateliers de Bracquemond et Jacquemart pour y apprendre la gravure. Dès 1865, l’artiste français expose ses tableaux, notamment au Salon de Paris. En 1874, il participe avec Impression soleil levant à l’exposition de la Société des Artistes Peintres Sculpteurs et Graveurs qui a lieu dans les anciens studios de Nadar (1820-1910) à Paris, donnant son nom au mouvement d’avant-garde : l’impressionnisme. Rops est un habitué de la galerie de Paul Durant-Ruel (1831-1922) où Monet continue à exposer avec son groupe à partir de 1876 : « Il y aura peut être à espérer beaucoup d’un mouvement de peinture bizarre qui commence maintenant sous le nom d’École des Impressionnistes & a pour caractéristique une peinture claire dans le genre de celle qu’on fait beaucoup maintenant en Belgique mais plus heurtée plus enlevée. C’est plein de choses grotesques mais il y a là trois bonshommes Caillebotte & Degas & Monet – (pas Manet) qui sont d’une jolie force & très artistes. » (éd. 0881). Les deux hommes partagent une passion pour les bords de mer et de Seine, peignant tous les deux des vues de Sainte-Adresse et Honfleur (Normandie) et fréquentant des lieux autour de Paris comme Argenteuil, Bougival, la grenouillère de l’île de Croissy et de l’île de la Grande Jatte, les abords de la commune de Marlotte où Rops raconte qu’on y rencontre « des peintres bons enfants & pas poseurs. Monet, Grandchamp, Salvayre, des talents sérieux. » (éd. 0576).  Monet et Rops se partagent un même réseau d’artistes et de collectionneurs, comme le Docteur Filleau (1840-1894) ou Léon Clapisson (1837-1894). En 1889, Rops évoque «  L’Exposition Monet-Rodin : un succès » (éd. 3473) qui a lieu à la galerie Durand-Ruel. À partir de cette exposition-duo, il va développer un argumentaire auprès des critiques d’art pour prouver que le sculpteur a spolié son œuvre graphique. 

Actualisé par V. Carpiaux, juillet 2021

P

Picard Edmond (Bruxelles 1836 – 1924)
Avocat à Bruxelles, professeur de droit à l’Université libre de Bruxelles, sénateur socialiste (1895-1905) et écrivain. Rops lui adresse une soixantaine de lettres entre 1878 et 1892. Animateur de la vie culturelle belge entre 1880 et 1890, il fonde la revue L’Art Moderne où paraissent des articles en faveur d’un art libéré des conventions académiques. Avec Octave Maus, il crée le Groupe des XX (1883) et La Libre Esthétique (1893) à l’initiative de nombreuses expositions. Son salon de l’Avenue de la Toison d’or à Bruxelles est fréquenté par de nombreux artistes. Collectionneur de Rops à partir de 1878, il acquiert, entre autres, L’Attrapade, La Tentation de Saint-Antoine et Pornocratès. En véritable promoteur de son art, il vend ses œuvres dans son entourage et lui consacre plusieurs articles dans L’Art Moderne. C’est vers lui que Rops se tourne en 1883 en vue d’un soutien institutionnel pour l’obtention de la Légion d’honneur française (éd. 2304). En 1887, dans le cadre du salon des XX, il expose deux dessins de Rops sans son autorisation ce qui lui vaut les foudres de l’artiste (éd. 2310).

Actualisé par É. Berger, 2020

S

Sichel, ? (? – ?)
D’après la correspondance de Rops, Sichel est un marchand de tableaux parisien et ami d’Armand Gouzien (éd. 3117). Rops le mentionne à six reprises entre 1876 et 1878, période à laquelle Sichel semble avoir été un intermédiaire potentiel pour la vente de ses dessins. D’après une lettre de Rops à Bonvoisin, Pornocratès a transité chez lui en 1879 (éd. 3122). Il pourrait s’agir de Philippe Sichel (1840-1899) ou d’Auguste Sichel (1836-1886), deux frères marchands d’art spécialisés dans les objets d’Extrême-Orient. De plus amples recherches sont encore nécessaires pour l’identifier.

Actualisé par É. Berger, 2020

V

Vollard,  Ambroise (La Réunion 1866 – Paris 1939)
Avocat, marchand d’art, galeriste, éditeur, figure majeure de l’avant-garde parisienne, notamment l’impressionnisme. Vollard né à La Réunion où son grand-père était allé tenter fortune, revient à Paris pour suivre des études de droit. Rops le rencontre vers 1890 alors qu’il est encore étudiant (éd. 1463). Vollard raconte qu’il « découvrit un jour, dans une boite des quais, une gravure non signée qui lui parut être de Félicien Rops. Il l’acquit pour trois francs, et alla frapper à la porte de l’atelier de l’artiste. Rops vint lui ouvrir lui-même. Il était nu, à l’exception d’un petit pagne et d’une visière verte. Sans se démonter devant une telle apparition, Vollard présenta sa découverte. C’était bien une eau-forte de Rops, et très rare. L’auteur lui-même n’en possédait pas d’épreuve. Il proposa à Vollard de la lui échanger contre une aquarelle. Vollard accepta, emporta l’aquarelle, la revendit un bon prix. Ce fut sa première affaire. » (extrait du journal Candide, Paris, le 28 juin 1930). Dans son autobiographie, Souvenirs d’un marchand de tableaux (Albin Michel, Paris, 1937), Vollard raconte que c’est avec Rops qui l’avait introduit aux dîners du « Pot-au-feu » du Docteur Albert Filleau (1840-1894), collectionneur important d’art impressionniste, qu’il découvrit l’impressionnisme :
« Un jour que je sortais avec Rops de chez le docteur Filleau, les yeux encore tout éblouis des tableaux qui ornaient les murs :
– Eh bien ! me dit-il, tout ça est fou, n’est-ce pas ?
– Je ne sais pas, moi. Je trouve ça joliment agréable à regarder, en tous cas…
– S’il en est ainsi, tant pis pour vous. On est foutu une fois qu’on a cette peinture dans l’œil… ».
Vollard transforme sa mansarde à Montmartre en galerie où l’on trouve des Rops, Théophile Alexandre Steilen (1859-1923) et Henri de Toulouse Lautrec (1864-1901). Rops lui présente le peintre belge Henry de Groux (1866-1930). Il ne tarde pas à installer sa boutique au 37, rue Laffitte. Il devient un « faiseur de renommées » : il s’intéresse à Edouard Manet (1832-1883), Paul Cézanne (1839-1906), Edgar Degas (1834-1917), Auguste Renoir (1841-1919) et organise les premières expositions de Vincent van Gogh (1853-1890), Henry Matisse (1869-1954) et Pablo Picasso (1881-1973). Au début du siècle, Vollard se met à faire de l’édition et sort une série de chefs-d’œuvre illustrés. Il trouve la mort à 76 ans dans un accident d’automobile.

Actualisé par V. Carpiaux, juillet 2021