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#2 – Il y a de l’amour dans l'(épistol)air(e) !

La Saint-Valentin est l’occasion de vous présenter quelques-unes des plus belles lettres d’amour retrouvées dans la riche correspondance de Félicien Rops. 

Son destinataire n’est autre qu’Émile Hermant, un vieil ami d’enfance et un de ses précieux collectionneurs, dont l’amitié, profonde et sincère, permet à l’artiste namurois de s’épancher à propos d’un amour impossible. Cette lettre aux illustrations magnifiques et au style poétique est un véritable « coup de cœur », tant dans le sens littéral que littéraire du terme. 

« Il est dix heures du soir. Je suis seul dans le grand atelier qui ressemble à une vieille église, le vent, mon maëstro de prédilection, improvise pour moi dans les mélèzes de l’allée une étrange & vieille complainte (en ut mélèze,) pleine de demi-teintes automnales qui s’harmonise doucement avec ma pensée. – […] Ce soir mon vieux & mélancolique Thozée a pour moi des charmes infinis. – […] Est-ce qu’on sait jamais du reste pourquoi l’on aime une femme ? – Je connais dix femmes aussi jolies qu’Elle & dont je m’inquiète comme d’un vieux gant ! – […] Quand l’on songe que vous êtes trois millions d’imbéciles qui tripotaillez dans le corps humain depuis dix siècles &  que vous n’êtes pas encore arrivé à guérir un homme brun d’une femme blonde ! Il n’y a donc pas moyen de trouver le chloroforme du cœur ?? »

Pour lire l’entièreté de la lettre : n° d’éd. 1586.

En 1857, Rops épouse Charlotte Polet de Faveau qui possédera bientôt le château de Thozée (Mettet, Namur). C’est de ce lieu de villégiature où il travaille, chasse et jardine, que Rops écrit de nombreuses lettres d’amour adultère. Qui était donc cette femme tant aimée ? Vers 1865, Rops a une liaison avec une certaine Élise [Mériel ?] qui de toute évidence hésite à se lancer dans une relation avec l’artiste :

« Et tout d’abord ma Chère Élise laisse moi te dire que je t’aime toujours, que je suis à la fois très heureux et un peu malheureux, et donne moi vite tes grands yeux que je les baise mille fois avant de commencer à me plaindre. C’est que j’ai beaucoup souffert depuis le mois de juillet, mois rayonnant dans ma vie, le 1er juillet j’ai reçu ta lettre, j’étais heureux, bon, sensible ; – je t’aimais ; – ce bonheur-là a duré dix jours, – le 10 juillet j’ai reçu une lettre, signée : la meilleure amie de F.D. –, lettre qui était timbrée de Bruxelles, et écrite sous ton inspiration par Mme Pauline ta sœur, très probablement ; lettre du reste d’une convenance parfaite, et très fine comme tout ce qui échappe à une femme d’esprit, cela embaumait la raison ; la raison s’adressait à moi pour lequel il n’y a guère « de raisonnable que les chimères, » de réel que les fumées, à moi qui comprend que « l’on vive pour une idée, que l’on meure pour un mot » ; toutes choses devant lesquelles la Raison se détourne et voile son profil de glace ; – nimporte la lettre était bien, très bien elle m’a fait beaucoup de mal, rien de plus ; – tu vois Chère Élise que je suis d’un prosaïsme révoltant, je n’ai pas même voulu me jeter dans les flots de la Meuse comme Berta. »

Pour lire l’entièreté de la lettre : n° d’éd. 1169.

Rops souffre beaucoup d’être éloigné de sa douce aimée et utilise des formules audacieuses pour faire revenir sa belle sur le chemin de l’amour :

« […] Il faut en outre Chère Élise que tu m’accordes encore une chose, tu vois comme je suis demandeur ? – cette chose c’est de rester telle que tu es, telle que je t’aime, tâche d’être heureuse, Fély te le demande à deux genoux, si je pouvais casser ma vie et t’en bâtir un bonheur avec les morceaux, je le ferais ; – reste la jolie, intelligente, et sympathique Élise que je connais ; sois forte, confiante dans mon… amitié, la plus dévouée qui puisse exister ; ne te laisses pas surtout aigrir par tous ces petits malheurs et ces petites déceptions qui peuvent arriver dans la vie d’une jeune fille, sois et reste bonne – la bonté c’est la fleur du bien, aime donc ce qui est bien et beau, – les bourgeois trouveront cela ridicule il t’appelleront : femme à grands sentiments c’est le nom que les natures mesquines donnent à celles qui s’élèvent ; – ces natures là ont des mots pour tout, surtout pour excuser leurs vices, ils appellent : leur lâcheté : modération, – leur couardise : prudence, – leur prosaïsme : bon sens, – et leur bêtise : gravité ! – laisse dire et aime moi un peu, – je veux moi être fidèle à ton amitié comme je l’eusse été à ton amour, je n’aimerai personne, ne te fâche pas, Chère Aimée, laisse moi cette dernière manière de rester à toi, elle est désintéressée puisque je n’espère plus […] »

Pour lire l’entièreté de la lettre : n° d’éd. 1170.

Quelques années, plus tard, lassée des infidélités de son époux, Charlotte Polet de Faveau, la femme légitime, demandera à son mari de quitter le domicile conjugal. Vers 1874, celui-ci déménagera définitivement vers Paris où il se mettra en ménage avec deux sœurs, Aurélie et Léontine Duluc, des couturières qui partageront le quotidien de l’artiste jusqu’à sa mort. Un « trouple » qui fera couler beaucoup d’encre… L’amour revêt parfois des formes surprenantes. Haut les cœurs !