N° d'édition 1124

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    Edmond [Carlier]
  • Lieu de rédaction
    Paris, 17 Rue Mosnier
  • Date
    [1878]/06/05 [+]
    Datation complétée sur base de l'apostille.


Texte

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Réponds moi vite Mon Cher Edmond, ceci est de première importance. O [ ù ] se trouvent aujourd’hui 5 juin nos amis Liesse & Dom ? J’ai absolument besoin de Savoir o [ ù ] ils sont & voici pourquoi : J’ai fait lire – presque de force, au Père Dalloz le roman de Liesse. Gouzien et moi nous lui avions échauffé le ventre avant tout. Il était préparé. Il le trouve bien & il a l’envie de le publier dans la Revue de France. Ce serait merveilleux comme entrée à Paris pour Liesse. Je lui ai fait lire la lettre de Daudet. Il demande comme condition d’acceptation que cette lettre de Daudet serve de préface – d’entrée en matière. Je crois que ni Daudet ni Liesse ne trouveront à redire à cela ! – Mais tout cela presse ! & il me faut tout de suite une réponse. Tu vas voir que cet étourneau de Liesse va perdre tout le fruit de son travail c’est bête comme tout. Quelle idée d’aller à Naples pour l’instant ! À quoi cela rime-t-il ? – il fait un livre, il dépense beaucoup d’argent & au lieu après son petit voyage, de chauffer son

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affaire ici & en tirer profit – il va à Naples !! Use de ton influence Mon vieux Copain pour tâcher d’empécher cette stupidité. De deux chose l’une : ou il veut venir travailler à Paris ou il veut vivre hors de Paris dans la seconde hypothèse il est dans son droit n’arrivera à rien car on ne fait pas de littérature française hors d’ici, mais dans la première s’il veut que son roman lui profite il faut que en septembre au plus tard fin septembre il soit ici en la mêlée. C’est évident cela !

Et toi Vieux ? Quand viens-tu ? Il faut ou que tu viennes du 16 juin au 1er juillet, ou que tu attendes septembre ou fin aout maintenant si tu veux voir un beau Paris de chaleur, Juillet fera ton affaire. Mais n’oublie pas de me prévenir quinze jours ou dix jours à l’avance. Il est probable que je peux te donner un lit. Je compte te garder une quinzaine de jours au moins hein ? Nous irons flâner aux alentours de Paris & rire un brin. Tu me dois des dédommagements ! –

Cela va bien la vie a été dure par moments, cette année, il y aura encore du tirage, mais c’est le dernier effort. Je paie mes dettes ! c’est pour cela que je ne suis qu’à moitié à flot tout en gagnant beaucoup d’argent. Cela va être bientôt le tour de cette pauvre Adèle d’Anseremme. À la fin de Décembre je commencerai à la payer. Cela m’est impossible avant cela. Je paie 600 frs par mois à mes créanciers & cela en leur donnant 50 frs par mois à chacun. Puis il faut vivre & bien vivre naturellement, car c’est la santé, la joie & la force bonnes choses dont il ne faut se départir. Le tour d’Adèle va venir à la fin de l’année & elle ne perdra rien pour attendre ni capital ni intérêts, & je lui donnerai quelques belles études en plus pour son bazar. Quant tu la verras rassure-la. Cela m’a bien embêté d’embêter cette bonne créature mais que veux-tu ? Au moment o[ù] je commençais à payer les billets d’Adèle & o[ù] tout marchait bien, voilà la tuile Herman qui me tombe sur la tête ! Et quelle tuile Mon Vieux !!!!! Cela me manquait !! Cela m’a couté gros & cela me coûte encore ! Ce pauvre diable au fond peu intéressant & peu honnête, est dans la Misère, c’est triste pour ses enfants & p[ou]r sa femme, lui, a mérité rudement son sort. Je continue cependant de temps à autre à faire une visite à cette pauvre femme, que nous avons connue brillante, en souvenir des

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bons jours de Buysingen. Je suis le dernier fidèle ! –

Toi, vieux, tu te marieras & tu seras très heureux la bàs. Comme Mons est près de Paris, au lieu d’aller à Anseremme tu viendras dîner chez moi à Asnières tous les mois. Nous inviterons Dom & Liesse nous ferons glisser le gig à l’eau & les vieux peupliers de l’Île de Neuilly secoueront de joie leurs vieilles branches. – Puis sous la classique tonnelle empamprée & rougeaude, nous vuiderons quelques pots en nous portant de bonnes santés & en devisant des jours passés & de nos amitiés traversant les épreuves & résistant à tous les hasards de la vie. Ce sera bon ! Ubi bene ibi patria ! – & je n’ai regretté que mon fils & quelques vieux amis comme toi de tout ce que je laissais la bàs Je n’ai jamais été aimé qu’ici. Les deux Chères femmes qui m’ont fait la vie si douce & qui m’ont consolé de tout, sont là à mes cotés & tu le croiras si tu voudras mon vieux Edmond, mais c’est dans ces bons yeux de chien, tendres, dévoués, & joyeux, que j’ai puisé la force & la volonté qu’il m’a fallu pour traverser les heures pénibles.

Les petites amies t’envoient leurs bonnes amitiés & l’on te fera la matelotte à la vendômoise & la Salade à la Fontainebleau quelle salade !!

Je t’embrasse

Fély

Rappelle moi au souvenir de tes parents je te prie.

Réponds vite.

Il faut que ces lettres arrivent ! vite

Lis les lettres – cachète & paie !! Cela te coûtera dix sous de port mais il faut que cela arrive vite – Au plus vite

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