N° d'édition 1815

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    [Armand] [Rassenfosse]
  • Lieu de rédaction
    Paris
  • Date
    1894/04/14


Texte

[1r° : 1]

Mon Cher ami

J’ai de ces jours-ci, farfouillé dans toutes mes parpasseries, et cela sans trouver les formules désirées ; comme il faut en finir, j’ai remis à Billaudet la première formule : « Rops-Courboin » qui doit être la vraie, car jamais je n’ai remis à ce chimiste de commande « d’ambre pur », c'est à dire la demande de me faire fondre de l’ambre tout simplement. Cet ambre est brun, parce que pour le faire fondre, il faut ce que tu sais aussi bien que moi, le soumettre a une très élevée température. – Le petit morceau d’ambre que tu m’as envoyé l’autre jour, ne fait que me confirmer dans mon opinion, ce n’est pas de l’ambre pur. Or si ce n’est pas de l’ambre pur, ce n’est, et ne peut être que l’ambre d’après la formule première :

Ambre jaune : 25 gr.

Cire vierge blanche : 25 gr.

Faire fondre sur un feu assez vif :

Suif fondu – 8 à 10 gr.

Septembre 1885.

Puisque je n’ai commandé que deux « fontes » à Billaudet, celle-ci & celle de 1889 :

Ambre – 20 gr.

Mastic en larmes 10 gr.

Poix blanche : 30 grammes

Cire – 40 gr

ajouter au vernis ainsi obtenu 1/3 de poids en suif ou ½ poids suivant la température.

C’est l’une ou l’autre !

[1v° : 2]

Si tu as une formule particulière à envoyer à Billaudet envoie la moi je te prie, car ce point délicat doit être vite élucidé, et c’est me parait-il d’une nécessité mère.

Si je demandais à Billaudet, (outre ce que je viens de lui demander) de me faire simplement fondre de l’ambre pur ?

Mais oui, mais oui ! je me rappelle le pot à confiture ! mais actuellement, nettoyé, vidé, essuyé « il est sur la planche du haut » la haut ! Plus d’ambre dedans ! rien qu’une araignée !

Indique bien la quantité à demander surtout ! Enfin guide-moi vite dans ces demandes, car il nous faudra pour ton retour ici beaucoup de vernis, et nous ferons ensemble une forte planche o[ù] nous résumerons toutes les difficultés de « l’œuvre » ! – Nous allons encore avoir chaud !! si mon atelier n’est pas fait, et même s’il est fait !!

– Je vais t’envoyer les mesures des stores sur rouleaux du hall de la ½ Lune. Ah !

[fig. 1]

je suis un ami terriblement embêtant ! J’ai toujours besoin de quelque chose !

Toujours !!

Je mourrai en demandant un biberon !

J’ai découvert un nouveau restaurant o[ù] l’on déjeune pour deux francs de façon exquise. Je ne sais plus à propos de quoi je te dis cela, mais ce restaurant me réjouit !

Rien de nouveau ici : Exposition Péladan, Exposition Steinlein, exposition des Indépendants, tout cela s’ouvre en même temps que les œillets de Pâques. Il y en a trop ! vraiment trop ! Et trop de peintres qui feraient si bien s’ils ne faisaient que de la bicyclette ! Leur cerveau n’ont pas de matière grise,

[1v° : 3]

Ce sont des « pneus » !

Belle conférence hier, d’Haraucourt, sur Lafontaine à la Bodinière.

Réponds vite, comme tu fais toujours d’ailleurs avec l’exactitude de l’ex-directeur de la maison Rassenfosse de Vinâve d’Île.

J’ai rêvé que Ranc me faisait nommer à la place de Carnot. Je n’ai jamais transpiré comme cela !

À toi & aux tiens,

Ton ancien :

Félicien Rops

Je ne lâche la place Boieldieu que lorsque mon atelier sera fini. Il avance, mais lentement, comme l’humanité ! –

– Quant au papier à grains ne te presse pas j’en ai retrouvé deux morceaux assez grands, puis cela ne presse pas !! tu m’en apporteras avec toi.

Reçu la grande bouteille, grand merci, Vernis excellent, je ne vois pas son défaut jusqu’à présent. C’est une trouvaille, véritablement. Et toi ? La petite bête ne paraît pas ?