N° d'édition 0191

  • Expéditeur
    Félicien Rops
  • Destinataire
    Léon Dommartin
  • Lieu de rédaction
    Paris
  • Date
    1882/03/29


Texte

[1r° : 1]

Mon Cher Vieux

Plus de nouvelles de toi depuis que tu es rentré dans ton coin d’Ixelles ! Sale mutismeux que tu es ! – Que deviens-tu ? que fais-tu ? J’ai appris par raccroc que ton affaire Rosez ne se faisait pas. Si ton été est libre nous en profiterons, je compte d’abord aller en Juin à Heyst, puis revenir à Montigny quelques jours, puis Montlignon, & un coin de St Enogat ensuite. Je veux errer avec mon bazar de graveur partout o[ù] l’on peut graver & peindre. Si tu le veux nous passerons un bon été de travail vagabond. Nous sortons d’un hiver dur comme soirées ! Godebski a donné hier un grand dîner costumé, très amusant & très drôle. J’y étais en St Antoine « ex-tenté » & professeur « d’extase » un St Antoine séduit.

– Mme Godebska en t’sigane. Godebski en paysan hongrois. Franz Servais en dame de Compagnie Anglaise. Le docteur Pofsi en Tunisien, Robert Mols en Arnaute, sa femme, fort jolie « en Japonaise, Silvestre en « rentier ». d’Hervilly en vieux matelot.

[1v° : 2-3]

Judith Gautier, merveilleuse en Sphinx. – Mme XXXX la sœur du Président Arthur des États-Unis, en pierrette satin blanc, Le savant linguiste Ganot en arabe syriaque. Benedictus le musicien, en Mandarin, – Bélina le journaliste russe en paysan russe. Mme Nittis en Faunesse. &c &c &c un monde fou, trop serré à table. Tout cela très gai. Rentré à onze heures du matin ! Même jeu précédemment chez Nittis au Parc Monceau. J’ai eu un fort succès en « Vieux mignon Henri III ! » même jeu chez Armengaud avec Filleau en chantre d’Église. – Demain regrande soirée chez les Godebski en l’honneur de Joseph Servais, – je n’y vais pas, je suis sur les boulets !! Il faudrait avoir des carcasses de rechange ! Et tout le monde te demande : quand Dom vient-il ? Vat-il continuer à vieillir la bàs ? – Je t’assure que ton profil nous ferait bon au milieu de ces festivités. C’est le moment !! tous nos amis sont en place, arrivés, casés, & s’amusent. Tu vas arriver trop tard si tu ne te tiens pas à toi-même tes engagements de venir ici en octobre. Et tu ne feras plus rien du tout ! Chaque année que tu perds maintenant est une grande perte. Mars « qui remue Paris » me disait : « J’ai perdu bien des années dans cette sale Belgique ! » Marie-toi ou ne te marie pas mais viens. Je veux te galvaniser. – Veux-tu aller voir à Sallezines pour la petite Rops ? Je te donnerai un prétexte ? – Mais ne ronronne pas trop encore ! Tu es un rateur avec tes attermoiements terribles !! – Gouzien je crois sera Directeur de l’Opera sans trop tarder. On en parle beaucoup, – beaucoup. Moi j’ai pioché comme un bœuf maigre & je t’enverrai dans quelques jours des eaux fortes nouvelles. Léontine revient de Londres. – Uzanne vient de faire deux mois d’un travail de bénédictin se levant à 6 h. du matin & se couchant à minuit pour achever un livre qui est fini déja, & il va dépenser cet argent si bien gagné à Venise & à Pesth, un tour de quinze jours. Viens-tu en mai ? Voir l’Exposition ? – Tu as passé tes trois semaines de Paris bien [Capellemontrueusement ?] à cause de ce bouquin qui ne se fait pas ! – Je suis à Montlignon dans quinze jours. J’y reste déja trois jours par semaine. Le pays me paraît de plus en plus charmant La Seine à deux pas si on veut canoter : Argenteuil ou Épinay lez-St Denis. Enghien un bout de promenade : Montmenrency vis à vis Margency, St Leu Taverny et derrière l’oise & le bois de Villiers-Adam. C’est de la vieille Campagne Parisienne à la Jean-Jacques. Tu vas venir là hein ? – Je tripote dans le Jardin & je me baigne les pattes dans « mon » ruisseau. Les petites femmes sont dans l’ivresse de leur premier jardin. Ajoute que cela ne coûte que 1 fr 70 aller & retour de Paris & gare de l’ouest ! Montigny était à 6 frs 50

[1r° : 4]

& il fallait une heure pour arriver rien qu’à la gare de Lyon ! Ce coin là sera pour plus tard dans deux ou trois ans & cela sera. –

Un mot, Vieux, je compte aller prendre mes meubles vers le quinze avril. Dis cela je te prie (c’est irrévocable.) à Jacob-Ottevaere.

À toi & à bientôt

Amitiés de tous

Ton Vieux copaing

Fély

Seras-tu chez toi Mardi matin 4 avril ? C’est dans le cas o[ù] Hannon me manquerait de parole ?

Mets cette lettre je te prie immédiatement à la poste avec un timbre de 25 centimes. à Décharge de revanche.

N’oublie pas que si en octobre tu n’es pas ici on se brouille avec toi.

– toute la bande !

Bonnes amitiés au vieux de Roddaz

Clairette embrasse ta fillette. Elle me l’a dit six fois ! Entêtée ma fille, cela a failli mal tourner !

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